Le retard de croissance intra-utérin et la grande prématurité : impact sur la mortalité et les morbidités à court et à moyen terme
Intrauterine growth restriction and very preterm birth : impact on mortality and short and medium-term morbidity
par El Ayoubi Mayass sous la direction de Zeitlin Jennifer
Thèse de doctorat en Epidémiologie
École doctorale Santé publique : épidémiologie et sciences de l'information biomédicale (Paris)

Soutenue le Tuesday 17 November 2015 à Sorbonne Paris Cité

Sujets
  • Mortalité néonatale
  • Nourrissons -- Croissance
  • Prématurés

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Mots clés
Retard de croissance intra-utérin (RCIU), Grands prématurés, Extrêmes prématurés, Poids de naissance, Courbe de croissance néonatale, Courbe de croissance fœtale, Mortalité, Morbidités néonatales, Développement neurocognitif à deux ans d'âge corrigé
Resumé
Contexte: Le retard de croissance intra-utérin (RCIU) désigne l'incapacité du fœtus à atteindre son potentiel de croissance déterminé génétiquement en raison de diverses causes. Il est défini le plus souvent par un poids de naissance inférieur au 10ème percentile pour l'âge gestationnel sur les courbes néonatales. Ce travail de thèse a comme objectif de répondre aux questions non-résolues sur la définition et les conséquences du RCIU dans le contexte de la grande prématurité: (1) Quelle est la meilleure définition du RCIU à utiliser pour identifier les enfants à risque ? (2) Quels sont les risques de mortalité et de morbidités néonatales respiratoires et neurologiques associés au RCIU et existe-t-il des interactions avec les pathologies de la grossesse responsables de cette naissance très prématurée ? (3) Quel est l'impact du RCIU sur le devenir neuro-développemental à 2 ans, en particulier chez les enfants nés extrêmement prématurément ? Méthodes: Nous avons utilisé deux sources de données. L'étude MOSAIC (Models for OrganiSing Access to Intensive Care for Very Preterm Babies in Europe) est une étude européenne en population qui porte sur l'ensemble des naissances survenues entre 22 et 31 semaines d'aménorrhée en 2003 dans dix régions européennes. Les enfants ont été suivis jusqu'à la sortie d'hospitalisation (population d'étude : 4525 enfants). La deuxième source est une cohorte d'enfants nés avant 27SA qui ont été hospitalisés dans le service de réanimation néonatale à l'hôpital de Port-Royal de 1999 à 2008 et qui ont eu un examen pédiatrique et une évaluation selon l'échelle de Brunet-Lézine qui inclut quatre domaines du développement global de l'enfant : la motricité globale, la motricité fine, le langage et l'interaction sociale (445 enfants admis, 268 enfants suivis à 2 ans). Résultats: Dans les deux populations, les risques de décès et de dysplasie broncho-pulmonaire étaient plus élevés pour les enfants ayant un poids de naissance <10éme percentile des courbes néonatales, mais également pour des enfants avec un poids plus élevé (entre le 10éme et le 24éme percentile des courbes néonatales ou <10ème percentile des courbes fœtales). Par contre, il n'y avait pas de lien entre les complications neurologiques et le faible poids, ni d'interaction avec les pathologies de la grossesse. Le RCIU était associé à un risque élevé du retard neurocognitif à deux ans d'âge corrigé chez les extrêmes prématurés, surtout dans le domaine de la motricité fine et de l'interaction sociale mais pas dans le domaine du langage et de la motricité globale. Nous n'avons pas trouvé d'association entre le RCIU et le risque d'infirmité motrice cérébrale à deux ans d'âge corrigé. Conclusions: L'utilisation du 10ème percentile des courbes néonatales n'est pas adaptée pour identifier l'impact du RCIU chez les grands prématurés ; l'utilisation de multiples seuils ou de courbes de croissance fœtale est nécessaire. Le RCIU accroit les risques de mortalité et de dysplasie broncho-pulmonaire, mais n'est pas associé aux lésions cérébrales sévères ; ces associations sont observées dans différents contextes périnatals (pathologies vasculaires et infectieuses, et naissances à des âges gestationnels très précoces). Le RCIU représente un facteur pronostic défavorable pour le neuro-développement à moyen terme. Nos résultats soulèvent de nouvelles questions sur le suivi adapté pour les enfants ayant un RCIU après leur sortie de l'hôpital et aussi sur les éventuels mécanismes biologiques pouvant expliquer les liens entre le RCIU avec une morbidité respiratoire et certains domaines du développement neurocognitif à moyen terme.