Action, subjectivation, autonomie : le cas exemplaire du contre-espace public de Bure
Action, subjectivation, autonomy : the exemplary case of Bure's counter-public
par Eleonora GARZIA sous la direction de Jan SPURK et de Marina D'AMATO
Thèse de doctorat en Sociologie
ED 624 Sciences des Societes

Soutenue le mercredi 16 décembre 2020 à Université de Paris (2019-....) , Università degli studi Roma Tre

Sujets
  • Bure (Meuse)
  • Déchets radioactifs -- Élimination dans le sol
  • Désobéissance civile
  • France
  • Mouvement antinucléaire
  • Mouvements alternatifs (politique)

Les thèses de doctorat soutenues à Université de Paris sont déposées au format électronique

Consultation de la thèse sur d’autres sites :

TEL (Version intégrale de la thèse (pdf))

Description en anglais
Description en français
Mots clés
Autonomie, Subjectivation, Malaise, Avenirs possibles, Quête de reconnaissance, Sentiments
Resumé
Cette thèse analyse un mouvement d'opposition, qui, à travers une action antagoniste et conflictuelle, produit son agir et son « sens » de l'action. L'enjeu principal consiste à observer le phénomène de Bure à partir de l'agir et des visions du monde des acteurs, notamment à partir de membres de « la commune de Bure » qui s'opposent à la construction de Cigéo, le projet français d'enfouissement des déchets nucléaires. L'étude, qui s'efforce d'analyser les représentations et les pratiques qui alimentent tant objectivement que subjectivement l'action des individus, s'appuie sur une enquête qualitative fondée sur l'observation participante et sur des entretiens compréhensifs. A cet égard, il s'agit de comprendre l'agir des acteurs à travers leur activité réflexive et subjective, mais aussi leur activité « concrète » observée, en se focalisant sur le sens qu'ils donnent à leurs actions et les éléments qui les poussent à la mobilisation. A Bure, la peur et la menace de la construction d'un centre d'enfouissement ont poussé les individus à se rassembler autour d'une lutte commune, mais ce qui distingue la résistance à Bure d'autres mouvements similaires est la construction progressive d'un savoir partagé, qui s'est étendu peu à peu à des questions et des sujets qui ne concernent pas seulement les déchets nucléaires. A cet égard, tous les acteurs ont en commun un sentiment de malaise, de frustration et de manque de reconnaissance qui les trouble et qui les pousse à l'action. L'expérience et l'expérimentation, la lutte pour la reconnaissance, la volonté de puissance et le besoin de manifester les sentiments forgent le vécu des membres de la commune de Bure et leur permettent d'expérimenter de nouvelles formes des modes-de-vie alternatives. Des espaces d'expérience se façonnent, dans lesquels, ensuite, des alternatives « concrètes » et « imaginées » à la vie et à la société émergent. C'est dans ce cadre que, les représentations et les pratiques transforment les espaces d'expérience en contre-espaces publics. Les structures mentales persistantes, les sentiments profonds et les interactions significatives deviennent le moteur de la mobilisation et la pulsion vers un processus de subjectivation qui concerne les sujets agissants. De plus, il y a une volonté qui se déploie, une volonté de dépassement du malaise et la détermination à créer un futur alternatif. Cette thèse s'efforce d'analyser le potentiel d'agir du cas exemplaire du mouvement de la commune de Bure, sa capacité à travers l'action de créer et d'organiser un espace public délimité qui sera capable de regrouper des visions du monde exprimant une résistance à l'ordre établi et une nouvelle possibilité de changement. L'étude s'efforce de montrer comment l'expérience du conflit et de la quête de reconnaissance peut faire réfléchir sur le malaise qui touche la société et sur les avenirs possibles auxquels les sujets peuvent aspirer.