Puissance, hubris et marginalité : ethnographie de la zone urbaine de Pointe à Pitre en Guadeloupe
Power, hubris and marginality : ethnography of urban areas of Pointe-à-Pitre in Guadeloupe
par Grenier Noé sous la direction de Affergan Francis
Thèse de doctorat en Ethnologie
ED SHS (doublon ECD_ID=1)

Soutenue le Monday 28 November 2016 à Sorbonne Paris Cité

Sujets
  • Anthropologie urbaine
  • Culture et jeunesse
  • Guadeloupe

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Mots clés
Guadeloupe, Caraïbe, Puissance, Violence, Marginalité, Jeunesse
Resumé
Cette recherche se base sur une ethnographie des bandes de jeunes dans les zones urbaines marginalisées en Guadeloupe. Héritiers d'une histoire politique caractérisée par l'esclavage, la colonisation et la dépendance, confrontés à la stigmatisation, la violence, le chômage, le désœuvrement, la drogue et la misère, ces jeunes ont néanmoins produit un univers culturel qui leur est propre. Dans cette thèse, je m'interroge sur les conceptions du pouvoir et du politique parmi ces jeunes dans un contexte social et politique oppressant afin de comprendre comment des pratiques quotidiennes de rébellion et de transgression s'articulent avec une désertion du politique tout en prévenant l'émergence de toute action collective qui remettrait en question les rapports de pouvoir en Guadeloupe. Du fait de la désertion du politique, ces conceptions se révèlent de façon diffuse dans la culture des jeunes des zones urbaines marginalisées. Cette thèse est donc avant tout une exploration des différentes facettes de la vie quotidienne de ces jeunes : la rue, la danse, la musique, l'économie informelle, la sexualité, la violence. L'univers culturel des jeunes des faubourgs est travaillé par deux dynamiques : la marginalité et la quête de puissance. La marginalité émerge d'un rapport complexe avec la société guadeloupéenne, marqué par la transgression, l'évitement et l'interdépendance. La quête de puissance est à la fois un mode d'interaction avec les pairs qui se substitue aux rapports de pouvoir et un principe structurant les représentations du monde auquel les jeunes des quartiers marginalisés ont recours, tant pour expliquer le monde contemporain que pour ériger des valeurs compensatoires, eut-égard à leur situation sociale. Puissance et marginalité sont deux dynamiques qui se déclinent sur le mode de l'hubris : un refus fondamental de sa propre incomplétude qui se traduit par une passion violente pour la démesure et l'exubérance. Dans les zones urbaines marginalisées, l'hubris se réfère aussi bien au refus de la misère qu'au poids du legs esclavagiste, réactualisé par une situation sociale d'une extrême précarité.