Les populations forestières face à l'écotourisme : incitations, réticences et expériences en cours en Guyane française
People face a forest ecotourism : incentives, reservations and experience current French Guiana
par Ekomie Obame Landri sous la direction de Alvarez-Péreyre Frank
Thèse de doctorat en Ethnologie
Ecole doctorale Sciences Humaines et Sociales, Cultures, Individus, Sociétés (Paris)

Soutenue le Thursday 15 November 2012 à Université Paris Descartes ( Paris 5 )

Sujets
  • Guyane
  • Moeurs et coutumes
  • Wayana (Indiens)
  • Écotourisme

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Mots clés
Adaptation,Dynamique culturelle,Indiens,Wayana,Écotourisme,Identité culturelle,Savoirs autochtones,Écologie traditionnelle,Déjections,Orpaillage,Maroni,Guyane
Resumé
Concept à la mode depuis quelques décennies, l'écotourisme s'est érigé comme le produit phare des parcs nationaux en régions forestières. Avec la création en 2007 du «Parc Amazonien de Guyane », les Wayana, comme les autres communautés traditionnelles autochtones, n'ont pas échappé au discours lié au développement durable de leur territoire ainsi qu'à la question de l'écotourisme. Mais quelle est la réalité d'un tel concept dans le contexte du tiers sud guyanais, enclavé, dominé par des identités culturelles fortes et marqué par une activité aurifère clandestine et criminelle ? Cette étude s'intéresse particulièrement à la dynamique culturelle et aux tentatives de maintien d'une identité culturelle, dans une société en pleine transition. Afin d'étudier le changement social et culturel, j'ai observé le mode de vie des indiens de l'intérieur de la Guyane tel qu'il se présente aujourd'hui en référence à ce qu'il était hier. Il ressort de notre étude que bien qu'attirés par la modernité, les indiens dépendent toujours des ressources de la nature et se préoccupent de maintenirleur identité. Les moyens de prélever les ressources ont certes évolué, mais ils demeurent au fond non agressifs àl'environnement et à la biodiversité parce que, ces sociétés ont opéré elles-mêmes des choix qui leur permettent de minimiser leur impact négatif sur l'environnement. Il y a donc dans ces sociétés une préoccupation de gestion durable des ressources. On le perçoit aisément dans l'agriculture itinérante, dans la pêche à la nivrée où, après exploitation et prélèvement de la ressource, la zone exploitée est laissée à l'abandon pour sa régénération. La recherche d'un compromis endogène entre un mode de vie traditionnel et un mode de vie moderne est significative à l'observation et à l'analyse de l'évolution de la structure de l'habitat amérindien. Optant aujourd'hui de plus en plus pour un habitat avec parois, cloisonné et recouvert non plus d'une simple toiture végétale mais de tôles ondulées, les Wayana ne renoncent pas pour autant au carbet-hamac, ni à la prohibition des déjections en terre ferme, c'est-à-dire le lieu où vivent les hommes. Les Indiens, dans leur tradition, utilisent les cours d'eau comme des lieux d'aisance. Notre étude montre que cette coutume est répandue chez tous les indiens de l'intérieur de la Guyane parce qu'elle va au-delà d'une simple préoccupation hygiénique et physiologique. Dans ce système culturel, cette coutume n'est pas déterminée systématiquement par l'environnement naturel. Elle obéit avant tout à une logique écologique propre à ces microsociétés, puis à une nécessite de distinguer nettement deux univers : l'univers des animaux et l'univers des hommes. Ainsi, dans lalogique interne des Wayana, ce sont des animaux sauvages qui font leurs déjections à même le sol, tandis que l'homme pour se distinguer a choisi de faire des cours d'eau ses lieux d'aisance privilégiés. Mais, face au changement imposé par le monde extérieur (sédentarisation, croissance démographique, prestations sociales..), la cohérence interne du modèle social et culturel des Wayana est plus que menacé. Dès lors, la mise en oeuvre de l'écotourisme s'apparente à une confrontation de logiques ; un ensemble de logiques exogènes, véhiculé par ses développeurs et ses promoteurs, et unensemble de logiques endogènes véhiculé par les populations autochtones traditionnelles en cohérence avec leur vision holistique du monde, aboutissant soit à des formes de compromis, soit à des formes d'antagonismes objectant toute forme de négociation.