Anorexie mentale, déconstruire un concept pour repenser les soins : une approche historique et anthropologique
Anorexia nervosa, deconstructing a concept to rethink care : a historical and anthropological approach
par Steve VILHEM sous la direction de Marie Rose MORO et de Aude FAUVEL
Thèse de doctorat en Psychologie
ED 261 Cognition, Comportements, Conduites Humaines

Soutenue le mercredi 04 décembre 2024 à Université Paris Cité , Université de Lausanne

Sujets
  • Anorexie mentale
  • Cambodge
  • Enquêtes de terrain (ethnologie)
  • Épistémologie
  • Éthique médicale
  • Femmes
  • Jeûne
  • Médecine -- Histoire
  • Moyen âge
  • Psychologie et anthropologie
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Mots clés
Anorexie mentale, Troubles du comportement alimentaire, Psychiatrie transculturelle, Histoire des malades, Philosophie de la psychiatrie, Épistémologie, Éthique des soins
Resumé
Contexte & objectif : L'objectif de ce travail est d'apporter un double éclairage historique et anthropologique sur la psychopathologie et sur le diagnostic de l'« anorexie mentale », ceci afin de contribuer à repenser les soins dans la clinique aujourd'hui. La thèse pose ainsi la question suivante : « qu'est-ce-que l'anorexie mentale ? », cherchant à éclairer la robustesse du diagnostic, à voir ce qu'il en reste (et s'il en reste quelque chose : quoi ?), quand on le déplace dans l'espace et le temps. Autrement dit : les « anorexiques » existent-elles en dehors de notre espace occidental contemporain ? Méthodes : Pour répondre à cette problématique, une méthodologie de recherche qualitative anthropologique et historique associée à une réflexion épistémologique transdisciplinaire a été employée. La thèse aborde deux terrains d'enquête. Le premier, une analyse clinique transculturelle et anthropologique, a d'abord été mené au Cambodge. L'objectif était de voir si, dans ce pays dans lequel le diagnostic d'anorexie mentale n'a encore jamais été posé, on pouvait malgré tout repérer des personnes souffrant d'anorexie. Le second terrain, une analyse historique, a consisté à rassembler et à consulter un corpus de sources médiévales pour examiner la catégorie d'anorexia mirabilis sous un angle psychiatrique. L'objectif commun était de voir quelles étaient les variations et les invariants dans des tableaux cliniques se situant dans des contextes très différents : celui de l'Europe du Moyen-âge et de l'époque contemporaine. Enfin, dans un troisième travail, je me suis basé sur les observations tirées de ces deux enquêtes et de mon expérience clinique de la prise en charge de patientes souffrant d'anorexie mentale en France et en Suisse, pour en tirer des conclusions épistémologiques d'ensemble sur le sens du diagnostic contemporain, sur la façon dont il pourrait être redéfini à l'aune de ces constats anthropologiques et historiques et sur ce qu'on pouvait en conclure en termes de révision des pratiques de soins. Résultats : L'analyse des données tirées des deux terrains d'enquête a permis de montrer que la forme de l'anorexie mentale variait dans le temps et l'espace mais qu'il existait aussi des traits invariants, permettant de dire que le jeûne extrême est un trait commun, un idiome de détresse qui semble partagé par les êtres humains au-delà des frontières géographiques, culturelles et temporelles. Ainsi, bien qu'officiellement il n'existe pas d'anorexie mentale aujourd'hui au Cambodge, mon étude a prouvé qu'il y avait pourtant bien des « anorexiques ». De même, si les femmes atteintes d'anorexia mirabilis au Moyen-âge ne vivaient pas les mêmes carrières que les femmes souffrant d'anorexie aujourd'hui, ces deux catégories de populations ne présentent pas moins des façons d'être qui sont très similaires. L'examen attentif des histoires de vie des patientes cambodgiennes et médiévales révèlent des similitudes troublantes dans la genèse du trouble anorexique, notamment dans le refus du script genré du féminin exigeant d'elles de manière séquentielle : mariage - sexualité - maternité. Ces observations démontrent que les thérapeutes actuels doivent intégrer des éléments d'analyse culturelle et contextuelle afin d'offrir une meilleure prise en soin des personnes souffrant d'anorexie mentale. Les cadres étiologiques et épistémologiques qui dominent la discipline psychiatrique à l'heure actuelle sont trop restreints. Le modèle de compréhension de l'anorexie doit être repensé dans une perspective plus transdisciplinaire. Au terme de ma réflexion, je propose de redéfinir l'anorexie mentale comme une pathologie de l'intentionnalité, en effectuant un double renversement de paradigme, de l'étiologie à la téléologie, du modèle biopsychosocial au modèle sociopsychobiologique. La téléologie du trouble anorexique est ici définie comme la quête de légèreté. Cette redéfinition a des conséquences à la fois cliniques, thérapeutiques et éthiques.