| Resumé |
Contexte : Dans les pays en développement et particulièrement en Afrique sub-saharienne (ASS), les enfants sont exposés à de multiples risques d'ordre infectieux (paludisme, helminthes), nutritionnels (carence en fer, malnutrition), environnementaux (exposition au plomb) et éducatifs (analphabétisme, déscolarisation) qui impactent négativement leur développement neurocognitif. Cependant, les estimations concernant le risque neurodéveloppemental dans ces pays sont souvent basées sur des indicateurs de pauvreté et de malnutrition, et rarement sur l'évaluation objective du développement neurocognitif des enfants. Ce travail de thèse s'inscrit dans une étude prospective de cohorte mère-enfant où les enfants ont été évalués à un et six ans, à l'aide de tests neurocognitifs développés en Occident. Étant donné le contexte socio-culturel et économique différent de la population d'étude, l'interprétation de ces évaluations et le retour aux familles ne sont pas aisés. Il parait alors essentiel d'investiguer si les scores observés des tests sont liés aux difficultés réelles des enfants. Ainsi, l'objectif général du présent travail de thèse est d'étudier les liens entre les mesures objectives du développement de l'enfant et la façon dont est perçu ce développement par la famille. Méthode : Pour répondre à cet objectif, nous avons étudié la dyades mère-enfant dans la commune d'Allada, au Bénin. Les femmes inclues étaient recrutées par le projet Malaria in Pregnancy Preventive Alternative Drugs (MiPPAD) pendant leur grossesse. Par la suite, pour le projet TOVI, 747 enfants ont été évalués avec le Mullen Scales of Early Learning (MSEL) et d'autres échelles comme le HOME, le Ten Question Questionnaire (TQQ), l'Edinburgh Post Partum Depression Scale. A six ans, 580 de ces enfants ont été évalués avec les tests Kaufman Assessment Battery for Children, second edition (KABC-II), Bruininks-Oseretsky Test of Motor Proficiency, second edition (BOT-II), Test of Variables of Attention (TOVA), le TQQ et le Strengths and Difficulties Questionnaire (SDQ). Tous ces différents projets ont été validés par les comités éthiques des différentes institutions béninoises et françaises concernées. Résultats : Les résultats obtenus ont permis de documenter le caractère prédictif des tests utilisés pour évaluer cette cohorte en associant l'évaluation neurocognitive des enfants à un an au développement mental à six ans (Article 1). Dans nos travaux préliminaires, nous avons effectué un état des lieux sur le caractère prédictif des tests utilisés dans la recherche en ASS à l'aide d'une revue systématique de littérature (Article 2). Ensuite, nous avons pu montrer que plus les scores du KABC2 et du BOT2 sont faibles, plus des problèmes de déficiences sont déclarés par les parents grâce au TQQ (Article 3), ce qui signifie que les difficultés perçues par les parents sont liées aux performances réelles des enfants. En outre, nous avons remarqué que les résultats du test de TOVA sur l'impulsivité des enfants étaient fortement liés aux problèmes émotionnels et à l'hyperactivité du SDQ, tout comme l'inattention identifiée par le TOVA. Enfin, on note également que plus le parent signale des difficultés dans le SDQ, plus le nombre d'erreurs impulsives est élevé sur le TOVA (Article 4). Cette thèse montre donc qu'il existe un lien entre les perceptions des parents et les évaluations neurocognitives basées sur la performance directe des enfants de cette cohorte. Conclusion : L'ensemble des résultats de cette thèse montre que la perception du développement de l'enfant par les parents est étroitement liée aux évaluations objectives mesurées, ce qui permet d'envisager l'utilisation des outils de dépistage facile à utiliser pour détecter à temps les problèmes neurocognitifs des enfants dans cette population. Ils contribuent ainsi à la promotion de stratégies pour agir précocement sur les plans cognitif, comportemental et émotionnel et soutenir le développement des enfants en ASS. |