La référence en crèche collective et multi-accueil : quels enjeux pour les enfants, les parents et les professionnelles ?
Primary caregiving system in child care centres : what stakes for young children, parents and professionals?
par Margot VIOLON sous la direction de Jaqueline WENDLAND
Thèse de doctorat en Psychologie
ED 261 Cognition, Comportements, Conduites Humaines

Soutenue le Monday 12 November 2018 à Sorbonne Paris Cité

Sujets
  • Garderies
  • Personnel de la petite enfance

Depuis le 1er janvier 2012, les thèses de doctorat soutenues ou préparées à l’Université Paris Descartes sont déposées au format électronique, sous licence Creative Commons.

Consultation de la thèse sur d’autres sites :

Theses.fr (Version intégrale de la thèse (pdf))
TEL (Version intégrale de la thèse (pdf))

Description en anglais
Description en français
Mots clés
Référence, Jeunes enfants, Professionnelles petite enfance, Crèches collectives, Relation privilégiée
Resumé
Introduction : en crèches collectives, la référence consiste à attribuer à chaque enfant accueilli un professionnel responsable de son accueil. Cette pratique a rencontré un intérêt particulier dans les accueils collectifs car elle permet une individualisation de l'accompagnement limitant l'impact d'une confrontation trop précoce à la collectivité sur le développement de l'enfant. Pour autant, son instauration en crèche a fait l'objet de peu d'écrits cliniques et d'études empiriques. De plus, elle est sujette actuellement à un débat important quant à sa pertinence pour l'enfant, ses parents et les professionnelles. Objectifs et méthodologie : un premier volet exploratoire qualitatif (entretiens) a eu pour but de décrire et d'analyser la mise en application de la référence dans 17 crèches du Loiret, en France, ainsi que les représentations des professionnelles et des parents rencontrés. Puis, un volet expérimental, comparant des données qualitatives (entretiens) et quantitatives (tests de développement, type d'attachement de l'enfant à la professionnelle référente, problèmes et compétences socio-émotionnelles) récoltées dans des crèches pratiquant la référence et ne la pratiquant pas, a exploré l'impact de la référence sur la création des liens enfants-professionnelles et sur le développement de l'enfant. Résultats : cette étude à fait apparaître une mise en application très hétérogène de la référence au sein des crèches, variant notamment avec la durée d'attribution du professionnel référent. Une forte ambivalence est remarquée chez les participants autour de la référence dans sa forme « classique ». Ainsi, si la référence est jugée comme fournissant de la sécurité à l'enfant et à ses parents en présence de la professionnelle, elle génère aussi de l'insécurité en son absence. Quelques résultats quantitatifs semblent soutenir l'idée que la création de liens d'attachement enfant-professionnelle plus sécures est facilitée par la présence d'une référence. Enfin, des résultats contradictoires et peu significatifs pour la plupart sont ressortis quant à l'impact de la référence sur le développement de l'enfant. Seuls les quotients de développement liés à la socialisation et la coordination oculo-manuelle du Brunet-Lézine révisé paraissent être influencés de façon significative et négative par la présence de référents mais cela n'a pas été confirmé par les autres outils. Discussion : contrairement à son application en pouponnière, dans les crèches françaises, la référence semble être davantage axée sur l'organisation des soins qu'elle induit. Cependant, des enjeux important liés à sa mise en pratique se situent autour de la relation privilégiée enfant et référente. Les apports de la théorie de l'attachement et de la psychanalyse permettent d'alimenter la discussion : la relation privilégiée créée est-elle de l'ordre de la création d'un lien d'attachement, base de sécurité pour l'enfant ? Ou relève-t-elle d'un engagement relationnel dans lequel existent un débordement des affects et un sentiment d'appropriation ? La référence peut être perçue ici comme aidant à répondre au premier objectif, mais ne préservant pas du risque de dépasser le seuil de la juste distance affective, voire le multipliant pour certains participants. Ceci nous amène à conclure que la pratique de la référence en crèche semble être amputée de la présence indispensable de « tiers » (e.g. l'équipe, la direction, les « savoirs-tiers ») permettant de contenir les émotions et sentiments éprouvés par les professionnelles, de réamorcer les processus de pensée et les aider ainsi dans la recherche d'une juste distance affective.