« Favela Tours » : la production des altérités touristiques dans les favelas de Rio de Janeiro, Brésil
"Favela Tours" : constructing touristic alterity in Rio de Janeiro's favelas, Brazil
par Thomas APCHAIN sous la direction de Erwan DIANTEILL et de Saskia COUSIN
Thèse de doctorat en Ethnologie
ED 180 Sciences Humaines et Sociales : Cultures, Individus, Sociétés

Soutenue le Monday 15 October 2018 à Sorbonne Paris Cité

Sujets
  • Aspect social
  • Bidonvilles
  • Rio de Janeiro (Brésil)
  • Tourisme
Le texte intégral n’est pas librement disponible sur le web
Vous pouvez accéder au texte intégral de la thèse en vous authentifiant à l’aide des identifiants ENT de l’Université, au sein de l’établissement en utilisant un compte invité Wifi ou en demandant un accès extérieur si vous pouvez justifier de votre appartenance à un établissement chargé d’une mission d’enseignement supérieur ou de recherche

Se connecter ou demander un accès au texte intégral

Depuis le 1er janvier 2012, les thèses de doctorat soutenues ou préparées à l’Université Paris Descartes sont déposées au format électronique, sous licence Creative Commons.

Consultation de la thèse sur d’autres sites :

Theses.fr

Description en anglais
Description en français
Mots clés
Anthropologie du tourisme, Altérité, Authenticité, Favelas, Globalisation, Rio de Janeiro
Resumé
Cette thèse porte sur le développement de pratiques touristiques des favelas à Rio de Janeiro. À partir d'une enquête ethnographique menée de 2012 à 2017, elle analyse une intensification sans précédent du flux touristique dans ces espaces autrefois attentivement évités par les voyageurs. Devenus de plus en plus courant lors des années 2010, les « favela-tours » divisent. Pour les uns, ils sont le signe d'un tourisme voyeur, transgressant de plus en plus les limites éthiques de la mobilité de loisir. Pour les autres, la visibilité touristique nouvelle des favelas est une prise de conscience et représente un levier pour la reconnaissance culturelle globale d'une catégorie urbaine alors que le stigmate historique reste localement stable. Ces questions, trop souvent, se posent en principe et non en pratique. Cette thèse tente d'établir les tenants et les aboutissants d'un phénomène qui consiste en une inversion symbolique du rapport à la marginalité et à la pauvreté urbaine dont les espaces passent ainsi, par le tourisme, d'un symbole angoissant à l'incarnation d'une altérité authentique. Sans nier pour autant les rapports de forces qui structurent la pratique, elle se fonde sur une vision du tourisme comme générateur d'une situation coconstruite. Mais comment expliquer l'essor des « favela-tours » et qui en est à l'origine ? La réponse est complexe et demande de s'intéresser à un ensemble d'acteurs. Les touristes, évidemment, conjurent dans les favelas, où ils retrouvent une altérité préservée, le rétrécissement d'un monde où ils croisent leurs doubles en permanence. Les guides, qu'ils soient habitants de la favela ou intermédiaires autoproclamés, ne sont pas moins à l'origine de l'attraction des touristes pour la favela. Entrepreneurs de génie ou de circonstance, ils ont su convertir la marginalité en authenticité, valeur centrale de ce tourisme de l'autre. C'est sans oublier que, loin derrière ceux qui se rencontrent dans les favelas, plane l'ombre d'un certain nombre d'acteurs politiques. Dans le contexte de la réception d'événements globaux , l'enjeu des favelas, et de leur visibilité touristique, s'impose aussi à l'État et sa politique de « pacification ». Il est évident qu'à la question des responsables du développement des favela-tours, il n'y ait d'autre réponse que la reconnaissance d'une situation négociée en permanence à travers laquelle chacun, mais sans posséder les mêmes armes, gère les modalités de sa propre globalisation. En effet, plutôt que de considérer que le tourisme et les autres forces à l'œuvre dans cette situation spécifique n'offrent réellement une opportunité de globalisation à la favela, il semble que celle-ci se trouve avant tout transformée en un « bien d'altérité » et un support de globalisation sur lequel chacun déploie ses propres stratégies. En restant centrée sur les « favela-tours », cette thèse analyse d'abord la co-construction de nouvelles représentations, globalisées, de la favela comme catégorie urbaine singulière. Dans cette perspective, elle se situe dans une anthropologie du tourisme qui montre son impact sur la constitution moderne de l'altérité. Enfin, le tourisme dans les favelas nous renseigne peut-être davantage sur un certain état du monde globalisé. Si, pendant longtemps, la conscience et l'expérience du monde sont restées l'affaire de peu, la globalisation s'impose désormais au plus grand nombre selon des modalités variées : comme nécessité, comme obligation subie, comme opportunité, comme désir, comme expérience ou comme fantasme... Autour de la manière dont la catégorie favela est travaillée par l'ensemble des acteurs qui composent cette thèse (touristes, expatriés, étudiants en échange universitaire, habitants, guides, décisionnaires politiques, activistes, journalistes et ethnologues), et avec une focale particulière sur le phénomène touristique, il s'agit de contribuer à l'analyse anthologique des conséquences culturelles de la globalisation.