La question de la traduction dans la théorie et la clinique psychanalytiques : « l'infans traducteur » de Jean Laplanche à l'épreuve du transfert et de l'après-coup
Jean Laplanche's translational model : a theoretical and clinical exploration
par Zoé ANDREJEW sous la direction de Françoise NEAU
Thèse de doctorat en Psychologie
ED 261 Cognition, Comportements, Conduites Humaines

Soutenue le Monday 19 November 2018 à Sorbonne Paris Cité

Sujets
  • Psychanalyse
  • Psychanalyse et langage
  • Traduction
La thèse est confidentielle jusqu’au 01 January 2050. Pendant la durée de confidentialité, le texte intégral ne peut être consulté. 
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Mots clés
Psychanalyse, Traduction, Jean Laplanche, Modèle traductif, Sigmund Freud
Resumé
Cette thèse étudie le « modèle traductif » développé par Jean Laplanche à partir de sa théorisation du « primat de l'autre » dans la genèse de l'inconscient. Ce modèle s'est peu à peu forgé à partir de son travail de traduction, d'exégèse et de critique de l'œuvre de Freud. Il s'est d'autre part inspiré de la pensée de philosophes et traductologues tels Walter Benjamin ou Antoine Berman. Le « modèle traductif » est donc le produit d'une conceptualisation théorique enracinée dans l'expérience analytique en même temps qu'une réflexion sur le caractère indissociable de la clinique et de la théorie en donnant consistance à la notion de pulsion, qui, dit Laplanche, n'est pas un « être mythique ». L'un des objectifs de cette thèse est aussi de montrer comment la mise à l'épreuve de la théorie de Laplanche peut et doit aussi passer par l'écriture clinique, en elle-même épreuve de traduction et de théorisation pour tout praticien. C'est en effet à partir de ma propre expérience de traductrice et de psychologue-psychanalyste que je me suis engagée dans ce travail de recherche. Pour expliquer la genèse de l'inconscient refoulé individuel, Jean Laplanche s'est concentré surtout sur les premiers textes de Freud, du Projet d'une psychologie (1895) aux textes de la Metapsychologie (1915). Il arrive progressivement à l'idée d'une « pulsion de traduction » née de la rencontre entre l'infans et l'adulte qui s'en occupe, le Nebenmensch évoqué par Freud en 1895. Une traduction « infraverbale » qui porte sur des « messages énigmatiques », non nécessairement verbaux, venus de l'adulte et « compromis » par son sexuel infantile. Dans « La pulsion et son objet-source » (1984), Laplanche critique l'idée freudienne de la pulsion comme « concept limite » entre somatique et psychique. Il conçoit le corps non pas comme la source de la pulsion, mais comme subissant l'action des « intraduits » du refoulement originaire qui « poussent » de ce fait à de nouvelles tentatives de « traduction », c'est-à-dire de liaison et de symbolisation. La question qui se pose est donc la suivante : peut-on penser la traduction à la fois comme origine et destin de la pulsion ? Les exemples cliniques donnés ici sont centrés sur ce que Laplanche a appelé le mouvement de « traduction-détraduction-retraduction », l'accent étant mis sur la « détraduction » rendue possible, dans le transfert et l'après-coup, par la mise en place du cadre analytique. Cette mise en mouvement peut être vue comme l'amorce d'un mouvement d'ouverture-fermeture psychique remettant en route des processus de sublimation gelés par des fixations infantiles. Ce point de vue permet à l'analyste de repérer les moments de régression formelle, d'« aller-retour » entre processus primaire et secondaire : ce mouvement empreint de plaisir sexuel infantile est caractéristique de l'expérience interne du traducteur, qui fait appel à un « au-delà » du langage pour saisir la cohérence interne, la puissance affective du texte à traduire. La question que je pose donc dans cette thèse en « faisant travailler » la pensée de Laplanche est celle d'une acception psychanalytique du terme de traduction, c'est-à-dire de son potentiel comme outil de pensée, tout particulièrement pour ce qui est du travail de la pulsion dans le transfert. La notion de traduction nous aide-t-elle en ce sens ? Doit-on la penser uniquement comme liaison et symbolisation ? La traduction n'est-elle pas aussi décomposition et déliaison ? Comment rendre compte cliniquement d'une "translating cure", au sens large ? La clinique d'adolescents ou de patients bilingues, par exemple, devient paradoxalement métaphore d'un travail de traduction qui ne se confond pas avec la verbalisation, un travail ouvrant sur la plasticité de la pensée. La situation clinique elle-même suscite-t-elle une « pulsion sexuelle de traduction » qui peut se sublimer en un travail de « traduction » proprement dit, ouvrant sur véritablement sur l'autre ?