Les mobiles du développement : santé maternelle par téléphone portable au Ghana et en Inde
Mobile (for) development : mobile phones for maternal health in Ghana and India
par Al Dahdah Marine sous la direction de Desgrées du Loû Annabel et de Méadel Cécile
Thèse de doctorat en Sociologie - démographie
ED SHS (doublon ECD_ID=1)

Soutenue le Friday 20 January 2017 à Sorbonne Paris Cité

Sujets
  • Femmes enceintes -- Santé et hygiène
  • Ghana
  • Inde
  • Télémédecine
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Mots clés
MSanté, Téléphone portable, Santé maternelle, Pays en développement, Inde, Ghana
Resumé
En 2015, avec 7 milliards d'usagers, le téléphone portable devient la technologie de communication la plus utilisée dans le monde. Du rappel de rendez-vous par SMS au glucomètre mobile, les systèmes de santé y recourent de manière croissante. Les programmes qui utilisent le téléphone portable pour améliorer la santé constituent un nouveau secteur de la télésanté appelé mHealth ou mSanté. Peu de recherches ont été réalisées sur leur déploiement en particulier dans les pays du Sud. A travers l'étude d'un programme global de santé maternelle au Ghana et Inde, la thèse apporte un premier regard sur ces dispositifs. S'appuyant sur une enquête multi-située et des méthodes de sociologie de la santé, des usages et d'analyse de discours, elle précise les assemblages sociotechniques propres à ces objets dans le champ biomédical mondialisé et se penche sur l'action effective des technologies mobiles sur la prise en charge et la santé des femmes ciblées. Cette triple approche permet de mettre en lumière les enjeux de pouvoir sous-jacents au développement de cette technologie dans les Suds. La thèse explore d'abord le modèle de « développement numérique » promu par les dispositifs de mSanté : un modèle qui établit une relation particulière aux savoirs et à la science, qui intègre l'expansion des technologies numériques d'une part et de leurs marchés d'autre part comme source de progrès et de croissance pour les Suds. Ce modèle techniciste et mercantile du développement reconduit des logiques impérialistes et déplace des inégalités Nord-Sud. Ensuite, la thèse analyse la place de l'information et des données de santé dans ces projets. Présentées comme le moyen principal de combattre la mortalité prématurée et de maintenir en bonne santé les populations, la responsabilisation du patient dans une logique consumériste et béhavioriste et la mise en données de la santé à des fins de surveillance caractérisent le dispositif étudié. L'enquête montre que le soin ne peut être entièrement capturé par des techniques d'encodage et de transmission et qu'en cherchant à rationaliser les services de santé à travers la sous-traitance du soin à des patients « informés » et à des personnels bon marché et précarisés, le dispositif technique dégrade les relations interpersonnelles indispensables au soin. Enfin, la thèse examine les rapports de pouvoir multiples dans lesquels s'inscrit la mSanté. Les acteurs de la mSanté déploient des programmes ciblant les femmes et entendent compenser des inégalités de genre grâce au téléphone portable, considéré comme un outil d'empowerment. Le dispositif étudié participe de cette tendance mais ne tient pas compte de la structure complexe des rapports de genre et propose de manière superficielle une inversion des rôles sans travailler sur les facteurs et les sphères de détermination. L'enquête multi-située montre comment loin d'annuler des relations inégalitaires, le dispositif technique transforme des inégalités de manière différente selon son contexte d'insertion. L'idée que les technologies numériques permettent une amélioration de la prise en charge, une diminution des disparités de santé et une optimisation des systèmes de santé a pris corps ces dernières années dans un ensemble de dispositifs techniques variés. Ainsi, la mSanté dans les pays en développement participe d'un mouvement plus général de globalisation et de technologisation de la biomédecine. L'analyse dépasse donc le cas de la téléphonie mobile pour montrer comment les technologies numériques participent à l'émergence de nouveaux pouvoirs, à la globalisation et à la mise en données de la santé, à la transformation du soin et des pratiques de santé.